La Libre | L’accélérateur wallon WSL joue la Défense
Article25 July 2024

Décidément, le secteur de la défense inspire le WSL. L'an dernier, l'accélérateur wallon, fondé en 2000 afin d'accompagner les start-up technologiques, avait été sélectionné par l'Otan pour être l'un des partenaires d'un projet pilote connu sous l'appellation Diana. Ce projet vise à soutenir des start-up et PME innovantes en vue de créer des technologies utiles non seulement au domaine de la défense, mais pouvant aussi être appliquées dans le civil. C'est ce qu'on qualifie de technologies "dual use"

Coup d'envoi de la participation belge dans un programme de l'Otan

L'expérience a manifestement été concluante puisque, comme nous l'a annoncé en primeur la directrice de WSL, Agnès Flémal, la structure wallonne a été retenue pour la prochaine promotion de Diana (les premiers appels à projets ont été lancés ce 1er juillet). WSL figure en effet parmi les onze accélérateurs sélectionnés au sein des pays de l'Otan (Europe, États-Unis, Canada, Royaume-Uni). "L'expérience acquise dans la phase pilote de Diana nous a apporté une légitimité et une visibilité dans le domaine de la défense", se félicite Agnès Flémal.

Des "poids lourds" de l'industrie européenne

Ce n'est donc pas le fruit du hasard si le Fonds européen de la défense (FED), un instrument de financement créé en 2021 et doté de 8 milliards d'euros (2021-2027), a fait appel, lui aussi, au WSL dans le cadre de l'un de ses projets. Il s'agit, en l'occurrence, du projet "MaJoR" dont l'objectif est de renforcer la compétitivité et le caractère innovant de la base industrielle et technologique de défense européenne, et ce, grâce à une collaboration transfrontalière et multi-domaine.

"Notre rôle sera, dans un premier temps, de concevoir le programme d'accélération avec les membres du consortium. Nous serons, ensuite, le rouage entre le consortium et les start-up sélectionnées." Julien Toussaint, expert en charge des affaires internationales à WSL

La particularité du programme "MaJoR" (acronyme de "Maintenance, Joining and Repair") est de réunir quarante partenaires au sein d'un consortium européen. On y retrouve plusieurs grands groupes industriels européens (comme Airbus, Saab, Damen, Rheinmetal, Fokker, Iveco…), des centres de recherche et d'innovation, ainsi que l'accélérateur wallon WSL. "Nous sommes le seul acteur belge à faire partie du consortium, souligne Julien Toussaint, expert en charge des affaires internationales à WSL. Notre rôle sera, dans un premier temps, de concevoir le programme d'accélération avec les membres du consortium. Nous serons, ensuite, le rouage entre le consortium et les start-up sélectionnées".

Soixante start-up à la pointe de l'innovation

Le projet MajoR prévoit la sélection de 60 start-up européennes. Un premier appel à candidatures, ouvert à toutes les start-up de l'Union européenne (plus la Norvège), sera lancé dans les prochains mois. Les jeunes pousses retenues seront amenées, à partir du deuxième semestre 2025, à résoudre des problématiques techniques très précises rencontrées par l'industrie. Grâce au développement et à l'application de technologies avancées, le projet a l'ambition de réduire les coûts d'assemblage de 40 %, à économiser 20 % du poids, à augmenter la vitesse de production de 30 % et à accélérer le processus de conception de 30 %. Et cela pour les trois composantes de la défense (terrestre, mer et air) et dans une perspective de "dual use".

Pourquoi grands groupes, PME et start-up ont tout intérêt à collaborer

Chaque start-up bénéficiera d'un financement de 60 000 euros et d'un accès à un coaching intensif de WSL. "Notre rôle sera d'accompagner les start-up à répondre aux problématiques des groupes industriels, tout en garantissant leurs intérêts (en termes de propriété intellectuelle, par exemple). Pour l'industrie, le programme est une opportunité de faire appel à l'agilité et à la capacité d'innovation des start-up", résume Julien Toussaint. Les start-up auront l'assurance que leurs solutions seront testées par les entreprises du consortium ; et, en cas de validation, elles auront un accès direct au marché de la défense.

Un nouveau domaine d'expertise

Pour WSL (dont les moyens humains et financiers sont très réduits), la participation à Diana et MaJoR représente une nouvelle reconnaissance de son savoir-faire dans un domaine où il n'était pas encore présent. Actif en Belgique et à l'international (des partenariats ont été noués aux États-Unis et à Taïwan), WSL a développé, au fil du temps, différents domaines d'expertise : les technologies médicales (medtechs et e-santé), l'électronique, la mécatronique, les greentechs, l'ICT, l'intelligence artificielle…

"Il ne s'agit pas, avec Diana et MaJoR, de travailler pour l'industrie de l'armement. On travaille sur des briques technologiques pouvant avoir des applications civiles et militaires." Agnès Flémal, directrice générale de WSL

"La défense apparaît comme un secteur d'avenir, ce qui n'était pas le cas il y a 3 ou 4 ans (avant la guerre en Ukraine, NdlR), analyse Agnès Flémal. C'était même un secteur qui ne sentait pas bon". Le vent a tourné. Désormais, les préoccupations de l'industrie de la défense – comme la réduction du poids des matériaux, l'amélioration des systèmes de production, la décarbonation, etc. – rejoignent celles des autres industries. "Mais il ne s'agit pas, avec Diana et MaJoR, de travailler pour l'industrie de l'armement, insiste la directrice générale de WSL. On travaille sur des briques technologiques pouvant avoir des applications civiles et militaires".

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