L’Avenir – Mons: Carlos a créé la poubelle qui trie vos déchet

L’Avenir – Mons: Carlos a créé la poubelle qui trie vos déchet

Carlos Kiala a inventé une poubelle qui trie automatiquement les déchets. L’idée a notamment séduit la SNCB.
Le tri des déchets est loin d’être une sinécure, surtout dans les lieux publics.

Et si bientôt, les poubelles triaient pour les usagers? C’est l’ambition de Neurogreen, portée par un étudiant montois.

La scène se déroule en plein festival de Dour. Une festivalière vient de terminer ses loempias et semble perdue devant l’îlot de poubelles. Car dans quel sac jeter cette fichue barquette en carton, le bleu ou le noir? Pour s’aider, elle soulève le couvercle et jette un œil au contenu des sacs.

Las, c’est le chaos total. Beaucoup de festivaliers n’ont pas encore validé leur certificat d’aptitude au tri sélectif…
Mais ils ne sont pas les seuls.

Carlos Kiala est étudiant à la Haute École Louvain-en-Hainaut (HELHa) à Mons et a fait le même constat: «le tri est loin d’être optimal sur le campus, dit-il. C‘est le cas dans tous les lieux à forte fréquentation: le tri est de mauvaise qualité. Les sacs ont des taux d’erreur trop élevés et, en conséquence, de nombeux déchets pouvant être recyclés sont envoyés à l’incinérateur», déplore-t-il.

Une idée germe donc dans le cerveau de l’aspirant ingénieur industriel: pourrait-on créer une poubelle qui ferait le tri à notre place? C’est ainsi que naît Neurogreen, un projet de start-up qu’il a initié il y a déjà deux ans et demi.

Caméra et balance
«L’idée est de créer une machine, qui aurait l’apparence d’une poubelle ordinaire, mais qui contiendrait une machine capable de trier nos déchets dans plusieurs compartiments aménagés à l’intérieur de la poubelle», dit-il. Une idée simple en apparence, mais très difficile à mettre en application.
«J’ai étudié les techniques industrielles appliquées dans les centres de tri, mais je me suis rendu compte que ce serait beaucoup trop compliqué à adapter et que le prix de revient serait beaucoup trop élevé pour pouvoir l’appliquer à mon modèle. Il faudrait compter 10 000 euros par poubelle.»
Carlos développe alors son propre système de tri. «Il se base sur deux paramètres: l‘image et le poids. L’intelligence artificielle traite ces deux données pour reconnaître le déchet et le ranger dans le compartiment adéquat.»
SNCB et Standard de Liège

Pour concrétiser son projet pas aussi fou qu’il n’en a l’air, Carlos Kiala est épaulé par le Student Start Lab, l’incubateur à projets de l’UCL Mons, et par la Maison de l’entreprise, où il est coaché. Le premier prototype de «smart bin» sort de l’atelier (ou plutôt du garage) de Carlos en novembre 2018 et est installé dans son école en phase test.
Et l’essai s’avère concluant, même si une première amélioration s’avère nécessaire: «il faut diminuer la vitesse de l’exécution de la machine. Elle met 6 secondes à traiter le déchet, ce qui est trop long.»
Malgré ce défaut de lenteur, le concept séduit. Dans la foulée de ce premier exemplaire, une autre poubelle est installée au siège bruxellois de la SNCB et, le mois prochain, une troisième apparaîtra dans les locaux du Standard de Liège.
Le juge Cabaret Vert
Mais revenons à notre pauvre festivalière et sa barquette de loempias. Peut-on imaginer ces poubelles trieuses sur un festival de musique? Et bien ce sera expérimenté au Cabaret Vert, du 22 au 25 août.
Avec une affluence de près de 100 000 personnes sur quatre jours, le festival de Charleville-Mézières sera un beau test grandeur-nature pour Carlos, qui devrait y voir plus clair quant à la possible mise en œuvre de ce système dans un cadre festivalier.
Ensuite, de retour des Ardennes françaises, l’étudiant-entrepreneur de 23 ans s’attellera à la création de son entreprise en parallèle de sa dernière année d’études. «C’est un travail de fou, très prenant, mais c’est gérable si on est bien entouré», rassure-t-il quand on s’inquiète de son emploi du temps, pas prêt de s’alléger.
Récompensé
Carlos Kiala a été récompensé ce week-end à l’occasion du MoveUp Festival, un événement qui s’est déroulé en marge du festival de Dour. Durant 72 heures, 15 porteurs de projets ont réfléchi à des solutions permettant de réduire l’empreinte environnementale des festivals et se sont confrontés à la réalité du terrain pour valider leurs idées.
À l’issue d’une présentation, deux projets ont été récompensés: Purifungi, qui élimine les mégots de cigarettes avec des champignons et la poubelle intelligente de Carlos.
1700 euros
C’est le prix d’une poubelle Neurogreen. Elles sont proposées en achat direct ou en leasing.
Pédagogie
Si la poubelle Neurogreen trie à la place des usagers, elle a aussi une vocation pédagogique. Quand une personne jette quelque chose, elle doit sélectionner le compartiment dans lequel le déchet est supposé aller. L’action génère un QR Code qui permet à l’usager de gagner des points suivant la justesse de son choix. «L’usager reçoit ainsi un feedback sur son geste, il y a donc un côté éducatif.» Utile, car les poubelles intelligentes ne se trouveront pas à chaque coin de rue, dans chaque foyer…